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ARCHITECTURES DE SIMONE & LUCIEN KROLL PAR YVES BELORGEY

ARCHITECTURES DE SIMONE & LUCIEN KROLL PAR YVES BELORGEY

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"J'ai travaillé sur les tableaux des bâtiments de Lucien Kroll en relisant mon livre Tout est paysage. Son concept d'intégration relève d'une économie de l'espace qui est aussi celle de mes tableaux : un rapport du paysage de l'extérieur vers l'intérieur, et inversement." Y.B.
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Depuis plus de vingt ans, les immeubles d'habitations collectives sont le sujet de mon travail de peintre. Si l'immeuble collectif est devenu tout autant mauvais objet que vecteur de mauvaise conscience, cela vient du fait qu'il bloque l'adhésion anthropologique de la maison comme abri protecteur ; je le vois donc comme une forme symbolique.

Comment ces toiles seront-elles perçues dans différents contextes (expositions d'architecture, galeries et centres d'art, livres et magazines)? Qu'elles perdent une part de leur autonomie ne me déplaît pas, bien au contraire. Je ne veux pas d'un art auto référencé.

Les objets en question dans les tableaux appartiennent à la ville. Ils sont généralement absents et des débats critiques et des expositions. Par la fiction, mes tableaux tentent de représenter l'immeuble et ses habitants. Lourde responsabilité.

Je veux marier en douceur la facture picturale à la nature domestique : le spectateur-habitant est le personnage principal de ma peinture (l'échelle des tableaux correspond au corps).

Le tableau à obligation de se décanter et de résister à une prise trop rapide, car il se révèle plus lentement que dans un processus mécanisé. même s'il est réalisé d'après photographie, le tableau peint n'est pas un "tableau photographie". Une somme de tableaux et de dessins ne constitue pas un film; le spectateur reste libre du montage.

Le tableau doit être perçu comme un phénomène naturel et correspondre à la perception du plein air. Il trouve son économie et sa véritable structure par le biais de la couleur.

J'ai travaillé sur les tableaux des bâtiments de Lucien Kroll en relisant son livre Tout est paysage. Son concept d'intégration relève d'une économie de l'espace qui est aussi celle de mes tableaux : un rapport du paysage de l'extérieur vers l'intérieur, et inversement.

Je me souviens de l'obstination de mon père à se lancer dans de grands projets de bricolage pour aménager et décorer notre appartement dont le principal attrait était la vue qui s'étendait sur la ville de Lyon. C'est de cette ténacité qu'est née mon envie de devenir peintre.

Par sa réflexion, L. Kroll nous incite à faire le point sur notre propre culture et à surmonter la complaisance pop et le riche chic de l'entre-soi qui paraissent si bien convenir à l'art d'aujourd'hui. Ce cynisme entretient la séparation entre la culture savante et les art populaires, entre l'art critique et le plaisir de peindre (ou de créer). Cynisme de comptable qui spécule sur la marchandisation de l'art.

Le tableau n'est en soi pas un monde idéal, ni une forme pure que l'on pourrait dissocier de l'expérience sensible. L'art, lui-même, n'est pas pour l'art. Sous peine d'être réduite à une simple marchandise plus ou moins décorative, la peinture ne trouve sa dimension réelle qu'en répondant à un motif exogène. Le tableau et le lieu de leur présentation forment un tout qui englobe le spectateur.

M'intéressant particulièrement à ce qu'il y a de participatif dans l'art de la peinture, je m'adresse, avec ces tableaux d'immeubles, à l'habitant actif qui "habite" le spectateur, et qui souhaite et y participer et y entrer.

Le tableau en est l'effet seuil.

Mai 2015    Y.B.